Le monde inverti : Une remise en question de notre perception

jeudi 5 mai 2016

En automne dernier, j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer Patrick Baud, vidéaste et auteur mieux connu sous le nom d'Axolot. Je lui demandais alors un titre phare, un de ses indispensables, et c'est Le monde inverti qu'il m'a cité. Je n'ai pas attendu bien longtemps pour me le procurer. Voici mon avis sur cette histoire. 

  Helward Mann est l'un des habitants de la cité Terre, une mégalopole progressant sur le sol inconnu d'une planète effrayante. Il ne sait rien de l'extérieur et doit maintenant jurer qu'il ne révélera jamais ce qu'il y découvrira. Mais le long des rails qui mènent à l'optimum, Helward découvrira un monde dominé par le chaos et la barbarie, des paysages déformés, éclairés par l'hyperbole du soleil.

Un ton particulier
Il suffit de découvrir la première page du livre pour saisir le ton si particulier qui nous suivra pendant de nombreux chapitres. L'histoire commence à l'âge où Helward Mann, notre héros, atteint l'âge de mille kilomètres. Il est habitant d'une cité qui ne cesse d'avancer grâce à des voies, des rails. Tout l'équilibre de cette ville, cette cité appelée Terre, réside dans ses habitants qui ne savent rien de l'extérieur et les nombreuses guildes qui dirigent ce monde si étrange. Helward Mann décide de suivre la voie de son père et s'engage dans la guilde des Futurs, des topographes chargés d'aller vers le Nord et explorer les environnements qui attendent la ville. 
On s'attache difficilement - voire pas du tout - à notre héros. Et pour cause, c'est peut-être parce qu'il n'a pas l'étoffe d'un héros. Ce jeune homme pourrait être réellement remplacé par n'importe quel autre et là réside la distance qui s'opère entre lui et les lecteurs. D'ailleurs, Christopher Priest ne se prive pas de renforcer cet effet en changeant les perspectives narratives, nous éloignant encore plus de ce personnage. 

Une histoire qui nous interroge 
Cependant, cette distance ne nous empêche en rien d'apprécier le roman. Certes, il faut près de soixante-dix pages pour entrer réellement dans l'histoire. En effet, c'est à partir de là qu'interviennent les premières interrogations qui resteront à nos côtés jusqu'à la fin. Les questions s'accumulent et l'on devient vite curieux. Prendre le livre pour le continuer devient un sentiment de hâte car l'histoire nous appelle sans qu'on s'en rende réellement compte. Alors qu'elle nous laisse plutôt froids dans ses débuts, elle félicite ses lecteurs attentifs en les plongeant dans une histoire bien plus complexe et mystérieuse. Petit à petit, l'étrange devient dans une certaine mesure familier et l'on se plaît à rentrer dans cet univers particulier. 

Des espoirs satisfaits
En me plongeant dans ce roman j'avais très peur de ne pas avoir de réelle fin avec des réponses à nos questions. Étrangement, c'est toujours un sentiment que je crains en allant à la rencontre de la SF. Les fins ouvertes me plaisent beaucoup dans les contemporains. En revanche, je suis curieuse et j'aime avoir la réponse à mes questions lorsque cela concerne des univers imaginaires. 
Ici, j'ai réellement été comblée. L'auteur introduit un narrateur nécessaire au récit qui semblait être attendu par son lecteur dès les premières pages et c'est cette nouvelle voix qui va permettre au lecteur de saisir toute l'ampleur du récit et toutes les réflexions sous-jacentes. L'auteur nous fournit des explications à ce qui semblait si étrange et cela a vraiment donné un goût d'achevé à ma lecture. 
L'histoire permet réellement de se mettre à réfléchir. Il semble évident que l'auteur ne cherche pas à rendre son personnage attachant. Non seulement les narrations imposées ne lui permettent pas mais son identité non plus. D'origine anglophone, le récit propose un personne dénommé "Mann". Certes, cela ne correspond pas exactement à "man" mais je trouve que le rapprochement est indéniable. De plus, les personnages appartenant à une guilde sont appelés ainsi : "Guilde + Nom". Pour notre personnage, ça donne quelque chose comme ça : Futur Mann. Je ne sais pas vous, mais je trouve que l'on pourrait discuter longtemps sur ce choix identitaire. On  pourrait aussi traiter d'autres thématiques qui reviennent tout au long de l'histoire mais cela nous montre clairement la dimension réflexive que l'on retrouve dans le roman, et ce pour notre plus grand plaisir. 

Indéniablement, Le monde inverti fait partie de ces livres qui marquent de par sa particularité étonnante et sa manière de mobiliser l'esprit du lecteur. L'auteur nous guide comme cela lui chante sans frustrer entièrement son lecteur. En effet, les réponses sont là et l'on a qu'une envie en sortant de notre lecture : la prolonger. Je ne me mettrais pas à recommencer le roman, en revanche, c'est prochainement que je me procurerai les autres romans de l'auteur pour continuer à découvrir sa plume, son univers et ses questionnements. 

Le monde inverti, Christopher Priest (Folio SF)

4 commentaires:

  1. Chouette chronique ! :)
    A qui conseillerais-tu ce livre ? Penses-tu qu'un novice en SF puisse apprécier cette lecture ?

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    1. Hey, merci :)
      Je pense qu'il ne faut pas nécessairement être un grand lecteur de SF pour apprécier car finalement la question du genre SF ou non se pose à l'intérieur du récit. En revanche, je pense qu'il faut être un lecteur patient, surtout pour les 70 premières pages là où l'univers s'installe. Une fois l'intrigue lancée, tout le monde pourrait apprécier je pense !

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  2. Je ne connaissais pas du tout ce roman, et tu donnes super envie de le découvrir ! Je l'ajoute à ma wish-list, merci^^

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  3. Avant tout : aaaaah Patrick Baud !!!!! Voilà, le moment groupie / fangirl est passé, on peut parler du livre maintenant ^^ !
    Déjà, c'est conseillé par Patrick Baud, donc je sens qu'il va bientôt finir dans ma bibliothèque, pauvre petite nana influençable que je suis XD. L'histoire m'intrigue énormément, et ça ne me gêne pas du tout d'avoir un héros auquel je ne m'attache pas forcément, c'est le cas de pas mal de films ou livres que j'aime beaucoup, et je trouve que ça peut donner à l'oeuvre un autre sens, une sensibilité. Ce que je dis n'est absolument pas clair, désolée ^^'
    Je note ce titre, je pense qu'il atterrira dans ma bibliothèque dès que j'aurai fini ma lecture en cours (je me force à n'acheter un livre que quand j'en ai fini un autre, sinon je ne m'en sors plus ^^'...)

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