La fanfiction est-elle de la littérature ? - Carry On

samedi 11 février 2017

http://www.croquelesmots.fr/2017/02/est-ce-que-les-fanfictions-sont-de-la_11.html

Dans Fangirl, nous découvrions Cath, une jeune femme rêveuse et pleine d'imagination lorsqu'il s'agit de mettre en scène les aventures de Simon Snow à travers sa fanfiction. Car avant d'être un roman désormais publié chez Pocket Jeunesse, Carry On est avant tout une fanfiction inspirée des aventures d'Harry Potter. Et il suffit de se prendre un tout petit peu au jeu pour profiter de toute la magie du livre.

À la (re)découverte de l'univers
Carry On est l'histoire de Simon Snow, un sorcier aux pouvoirs qu'il ne maîtrise que difficilement. Chaque année depuis ses onze ans, il va à l'école de Watford pour en apprendre plus sur la magie. Si cette histoire ne vous semble pas inconnue, c'est parce qu'elle ressemble très fortement à celle d'Harry Potter. Et pour cause, créé à travers Fangirl, Simon Snow est bien une représentation plus ou moins proche du sorcier à lunettes qui a désormais conquis plusieurs générations.
À partir de là, il y a plusieurs moyens de lire l'histoire :
- La lire sans pouvoir se détacher de ce que J. K. Rowling a pu déjà créer.
- La lire réellement comme une fanfiction
-La lire comme un livre à part entière.
Pour ma part, j'ai opté pour la seconde lecture : une lecture qui n'était pas sans rappeler mon univers préféré, tout en prenant plaisir à en découvrir un autre. Et pour le coup, j'ai passé un super moment de lecture. Alors certes, il est parfois un peu difficile de suivre l'histoire notamment parce qu'elle s'ouvre sur la dernière année de scolarité de Simon. De ce fait, beaucoup d'événements se sont passés auparavant et on sent que l'auteure essaie de transmettre le plus d'informations sur son monde et sur les années qui précèdent pour créer un univers avec de la profondeur. Mais finalement, ça rend parfois la lecture un peu plus lourde et j'aurais beaucoup mieux aimé avoir ces informations distillées à travers une vrai suite de livres.
Mais finalement, ce n'est qu'une petite partie sur les quatre cents cinquante pages restantes, car tout le reste est maîtrisé.
Tout d'abord, j'ai énormément apprécié la réactualisation de l'univers. Oui, nous sommes dans un monde de sorcier. Mais non, cela n'empêche pas les téléphones d'exister ! La technologie est présente à l'intérieur du roman et cela rajoute de la crédibilité à l'univers. Cela nous fait sentir encore plus proche de ce monde et c'est ce genre de petits détails qui fait tout.
Aussi, je dois vous parler des personnages. Non seulement ils sont attachants mais ils sont également surprenants. Les thèmes traités sont pertinents et actuels. Chacun peut se retrouver à l'intérieur de ces archétypes et une question traitée m'a beaucoup plu : Que faire si l'on est sorcier mais que l'on rêve seulement d'avoir une vie normale ? Avec le péhnoème Harry Potter, on parle sans cesse des Moldus (ou des fans tout simplement) qui n'ont qu'une envie : recevoir leur lettre pour partir à l'école de magie. Mais après tout, qu'en est-il des sorciers qui veulent seulement cotoyer leurs amis normaux, faire des métiers de gens normaux et pas forcément finir au ministère de la Magie ? Je dois de dire que ce n'est pas le seul thème traité. Il y en a beaucoup d'autres tous plus intéressants les uns que les autres et rien que pour cela c'est un livre à mettre entre les mains des adolescents !


Est-ce que les fanfictions sont de la littérature ?
Carry On réinterroge aussi la place de la fanfiction dans le monde littéraire actuel. Soyons honnête, ce livre n'est pas seulement le fruit d'une fanfiction imaginaire qui vit à l'intérieur d'un autre livre. Les références de l'auteure sont très claires et même si elle veut créer son propre univers et sa propre identité - ce qui est réussit - cela n'empêche en rien de voir cela comme une fanfiction d'Harry Potter. Or, il est normalement impossible d'en faire la commercialisation (si je ne me trompe pas). Ici, le livre est publié et vendu en faisant totalement abstraction de cet aspect-là. Personnellement, je trouve cela fascinant. Qu'est-ce qui rend ce livre légitime après tout ? Est-ce le nom de l'auteure qui figure tout en haut qui donne le droit au livre d'être vendu ? Est-ce que c'est parce qu'il s'éloigne suffisamment d'Harry Potter ? Est-ce parce qu'il est l'héritage d'un autre titre ? Je n'ai pas la réponse et finalement ce n'est pas très grave. Ce qui me semble le plus important ici, c'est de se rendre compte que les pratiques évoluent et qu'il peut être intéressant de se demander ce que sera la littérature de demain.

Pour conclure, j'ai passé un très bon moment de lecture en compagnie de Simon, Baz, Agatha et Pénélope. Si la fin m'aura laissé mi-figue, mi-raisin, je dois dire que ce livre a réintérroger mes pratiques de lectrice et c'est une très bonne chose. J'espère qu'il restera gravé dans ma mémoire suffisamment longtemps, mais ça, seul le temps me le dira. En attendant, c'est un roman que je vous conseille de découvrir et de faire découvrir aux adolescents autour de vous, ne serait-ce que pour les personnages attachants et les thèmes sensibles mais ô combien importants !
Carry On de Rainbow Rowell - publié chez Pocket Jeunsse

À quoi je reconnais un vrai coup de coeur ?

jeudi 26 janvier 2017

http://www.croquelesmots.fr/2017/01/a-quoi-je-reconnais-un-vrai-coup-de.html

Après plusieurs années de lecture, je parviens enfin à percevoir les ingrédients qui font d’une lecture un coup de cœur ou non. Parfois il me faut un peu de temps après la lecture pour m’en rendre compte… et parfois le livre me le fait comprendre dès quelques chapitres.

Quelques minutes après minuit : empreint d'humanité

mercredi 18 janvier 2017

http://www.croquelesmots.fr/2017/01/quelques-minutes-apres-minuit-empreint.html

J'ai rencontré Patrick Ness avec le roman Et plus encore. C'est un roman atypique à l'atmosphère qui lui est bien propre. J'en garde un très bon souvenir. À l'occasion de la sortie de l'adaptation de Quelques minutes après minuit, j'ai eu la possibilité - grâce aux éditions Gallimard que je remercie - de découvrir la version collector. Si j'avais à qualifier ce titre, je dirais simplement qu'il est profondément humain.

Connor O'Malley est un garçon d'une douzaine d'année. Il vit seul avec sa maman atteinte d'un cancer. Chaque nuit, un cauchemar hante ses nuits, un cauchemar qui le trouble jusque dans son quotidien. Un cauchemar qui lui amènera la venue d'un monstre, mais pas n'importe lequel : un monstre qui raconte des histoires. Seulement, ce sera à Connor de raconter la dernière. 

La version illustrée est mise en valeur par l'incroyable Jim Kay. Et si ce nom ne vous ait pas inconnu, c'est bien normal puisqu'il s'agit de l'illustrateur jeunesse le plus rentable ces temps-ci j'imagine ; j'ai nommé : Jim Kay, illustrateur des Harry Potter illustrés. Et tout de suite, ça fait sens. Ici cependant, c'est dans une version sombre aux frontières de l'effroyable que Jim Kay va interpréter le scénario de Patrick Ness. Les planches sont à couper le souffle et donne un relief impressionnant au monde construit par cette histoire. L'imaginaire de Connor hante les pages et l'esprit du lecteur, c'est fascinant d'inquiétude.


L'histoire quant à elle est incroyablement humaine. C'est définitivement le mot qui m'est venu en tête au terme de ma lecture. On s'attend en quelque sorte à la fin. Cependant, on ne s'attend pas à cette fin-là, avec cette révélation. Vous savez, ce petit quelque chose qui en dit plus sur le personnage et bouleverse absolument tout. Elle se cache ici, la réussite complète de ce titre. Par une simple révélation, Patrick Ness bascule un récit pour la jeunesse plutôt intéressant à un monde à la fois déchirant et injuste. L'émotion est évidemment au rendez-vous, et en même temps, on ne fait qu'en demander. 


Vous l'avez peut-être vu dans ma sélection de mes meilleures lectures de 2016, et pour cause. C'est le genre de livre qui parvient à remettre en questions vos habitudes, votre quotidien. Je pense notamment au chapitre sur l'invisibilité. Comment prêtez-vous attention aux personnages malades (ou qui ont des proches sur le point de mourir), handicapées, seules dans la rue ? Y prêtez-vous attention d'ailleurs ? Non, ne vous inquiétez pas, je suis loin de vous jeter la pierre. Moi-même j'ai remis en question mes propres agissements à la lecture de ce chapitre.

Et finalement, les livres qui vous donnent envie de devenir quelqu'un d'autre, quelqu'un de meilleur, ne serait-ce pas les meilleurs ?

Quelques minutes après minuit de Patrick Ness. Gallimard Jeunesse. Édition Collector 25 € - 368 pages. (Existe en format poche)

Journal d'un vampire en pyjama : des étoiles entre les pages.

mardi 10 janvier 2017

http://www.croquelesmots.fr/2017/01/journal-dun-vampire-en-pyjama-des.html

« La Lune n'est pas pleine, mais des étoiles coulent dans mes veines. »
Je pense que cette simple petite phrase permet de résumer à elle seule la beauté, la douceur et la douleur transmise à travers ce journal. Mathias Malzieu est un auteur que j'affectionne beaucoup et ce depuis plusieurs années. J'ai découvert sa plume avec La Mécanique du coeur qui est un roman profondément unique et touchant. Depuis j'ai pu découvrir d'autres titres de l'auteur, mais je crois que Journal d'un vampire en pyjama est mon préféré. 

Ce journal est le récit d'un passage à vide, le passage d'une vie qui redémarre telle une (re)naissance. L'issue, on la connaît. Mais le voyage est primordial. Atteint d'une grave maladie de la moelle osseuse, Mathias Malzieu s'est petit à petit transformé en vampire : le visage pâle et des transfusions de sang régulières ont bouleversé sa vie et c'est une année de traversée du désert qu'il a affronté.

On reconnaît du Mathias Malzieu comme on reconnaîtrait du Tim Burton ou du Lois Lowry. Ce que je veux dire par là, c'est que dès les premières phrases, on retrouve cet univers à l'identité très marquée, à la présence imposante mais agréable de l'auteur. On sent que chaque mot est issu de son esprit et il y a quelque chose de réconfortant à retrouver cette plume. Et quelle plume ! Adepte des néologismes, l'auteur se plaît à redessiner les mots et à les poétiser. La musique n'est jamais loin puisque le chanteur de Dionysos sait aussi bien inscrire le rythme de ses mots comme il le fait dans ses chansons.

Journal d'un vampire en pyjama est aussi un livre particulièrement émotionnel. J'ai ri de nombreuses fois, même dans le tram. J'ai pleuré de nombreuses fois, même dans le métro. Enfin, j'ai fermé mon chapitre avant de laisser les larmes rouler sur mes joues. J'ai attendu d'être chez moi, de ressentir ces incroyables émotions qui s'enchaînent à une vitesse plutôt agréable. Premier critère pour devenir un coup de coeur : validé. 
Le second point est la transformation que ce livre a fait sur moi. Les livres qui me font voir le monde autrement me fascinent. Il fait partie de ceux là. Il relativise nos bobos du quotidien, notre fatigue et notre anxiété pour nous montrer ce qu'est aussi une vie plus difficile où le hasard choisi ses victimes. Il permet de se rendre compte de tout ce qui est invisible dans notre vie de tous les jours - ou au moins une partie - et ça fait du bien. 
Enfin, ce livre est un coup de coeur pour l'intérêt que je lui ai porté. Je ne l'avais même pas encore terminé que me voilà embarquée à chercher interviews, articles de journaux, écoute de l'album... D'ailleurs, je vous invite à aller l'écouter (peut-être après votre lecture). Alors que le livre était parfois très sombre, j'ai trouvé l'album très solaire. Il fête la victoire et c'est pour cette raison que je suis ravie de l'avoir découvert ensuite pour prolonger mon expérience de lecture. 

Il ne me reste plus qu'à voir si ce livre me marque dans le temps. Mais je n'en doute pas trop. Journal d'un vampire en pyjama est le genre de livre qui vous colle à la peau, le genre de livre qui vous suit dans vos nuits comme partout ailleurs. Alors bien évidemment je ne peux que vous inviter à le lire et le découvrir. Et puis, n'est-ce pas un joli coup de cœur pour commencer l'année ?

Journal d'un vampire en pyjama de Mathias Malzieu. Paru aux éditions Albin Michel en 2016. 233 pages, 18 €